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| Chroniques du Père Grécus Chronique #3 : Le monde Cette chronique discute du monde sur lequel nous vivons. Même si le monde tel qu'on le connaît a déjà été exploré de façon extensive par de nombreux explorateurs, marchands et aventuriers, personne ne peut prétendre en connaître les limites. En fait, personne ne sait vraiment quelle taille il a, ni même s'il est fini ou infini. S'il est infini, personne ne pourra jamais l'explorer dans sa totalité. Pourtant, bien peu de choses en ce monde sont infinies. S'il est fini, nous sommes voués tôt ou tard, à en découvrir tous les recoins et à le cartographier en entier. Jusqu'à présent tous les efforts de recensement ont été voués à l'échec. La plupart des explorateurs n'ont pas réussit à franchir certaines barrières physiques comme la Grande Mer, la Grande Désolation Boréale, la chaîne des Spinalayas ou les Monts Venteux. Par conséquent, il est parfaitement plausible que d'autres contrées encore inconnues de nous existent au-delà des limites du monde connu. Dernièrement, des rumeurs ont fait état d'une grande forêt habitée par des Elfes au-delà des Monts Venteux. Comme les sources de ces histoires ne sont pas très fiables, je préfère rester sceptique mais cela ne serait pas impossible. De façon encore plus fondamentale, on peut même se demander quelle forme il a. Depuis la nuit des temps, les gens ont spéculé que le monde était plat. Cette hypothèse, à la base de toutes les théories planistes, est parfaitement logique et facile à croire, mais elle amène des questions intéressantes. Par exemple, si le monde est effectivement plat, sur quoi repose-t-il? Qu'y a-t-il de l'autre côté? Qu'arrive-t-il lorsqu'on s'approche trop des bords? Certains penseurs ont avancé la possibilité qu'un monde plat puisse flotter dans le vide, par magie, ou par la volonté des dieux. D'autres croient qu'il est physiquement soutenu par les dieux eux-mêmes, qui se relayent pour accomplir cette tâche. Certains pensent même qu'il y aurait un dieu, ignoré de tous, dont ce serait la seule et unique tâche. Comme celui-ci ne pourrait détourner son attention un seul instant d'une tâche aussi fondamentale, il ne se serait jamais manifesté dans le monde et n'aurait aucun suivant. J'ai moi-même déjà rencontré un Ulin qui m'a expliqué que, selon les gens de Thalos, le monde est supporté par une gigantesque tortue, dont les mouvements occasionnels seraient à la source des tremblements de terre. Par contre, je n'ai jamais pu savoir s'il était sérieux, ou bien s'il essayait seulement de me monter un bateau. Le sourire qu'il affichait m'incite à croire à la deuxième possibilité. D'autres ont avancé que le monde pourrait être plat mais avoir deux faces, comme un écu ou une assiette. Nous vivrions sur l'une de ces faces et d'autres êtres vivraient sur l'autre face, leur corps étant attiré vers le haut comme le nôtre est attiré vers le bas. Le prêtre d'Humius Pleugre le simple (716 - circa 769) avait imaginé que le sous-monde pouvait en réalité être cette deuxième face. Il croyait que c'était de là que venaient les Elfes Noirs et les Nains Noirs. Il avait même spéculé qu'on pourrait aussi retrouver, sur cette face cachée du monde, une race d'Humains Noirs. Malheureusement, ses idées ne furent pas prises au sérieux et il passa le reste de sa vie à chercher une voie pour se rendre de l'autre côté du monde, sans succès. Il disparut lors d'une de ses expéditions et son squelette fut retrouvé quelques années plus tard par des Nains au fond d'un profond réseau de tunnels. Il avait apparemment été tué, ironiquement, par des Elfes Noirs. Son hypothèse, bien qu'intéressante, n'a jamais pu expliquer comment les habitants de l'autre côté du monde pouvaient vivre sur celui-ci sans tomber. Si le monde n'est pas plat, il peut aussi avoir une forme en trois dimensions, comme un cube, une sphère, un cylindre, une pyramide, etc. Les diverses théories qui en découlent ont toujours été particulièrement en vogue chez les chercheurs gnomes. Ceux-ci, aimant de par leur nature les choses compliquées, préféraient croire que le monde sur lequel ils vivaient devait nécessairement l'être. Pendant longtemps, ils furent tournés en dérisions par la plupart des érudits, en particulier ici à l'Académie du Mont Cornu. Dans les quarante ou cinquante dernières années cependant, les théories gnomes ont reçu un regain de vigueur, qui leur a principalement été insufflé par un penseur gnome particulièrement perspicace appelé Eglinsteiminus. Celui-ci a apporté plusieurs arguments contre les théories planistes. Entre autre, il a souligné ce qui a depuis été appelé l'effet Egli (un diminutif de son nom). Ce phénomène est le fait que, lorsqu'on regarde avec des lunettes d'approche gnomes un bateau qui s'éloigne en mer, juste avant de disparaître à l'horizon, celui-ci semble descendre sous la ligne d'horizon. D'après Eglinsteiminus, il s'agit là d'une preuve incontestable que le monde n'est pas plat, mais qu'il a plutôt une faible courbure. Actuellement, la théorie la plus largement acceptée par les penseurs gnomes est que le monde serait cylindrique, avec les côtés plats situés au nord et au sud. Quelques-uns préfèrent croire qu'il serait sphérique. Pour départager les deux, un explorateur Renois, le Baron Ca ï us Strobus, organisa en 842 une expédition vers le nord à travers la Grande Désolation Boréale. Son raisonnement était que, si le monde était cylindrique, il rencontrerait tôt ou tard sa face supérieure, qui aurait probablement l'apparence d'une gigantesque falaise sans fin. D'un autre côté, s'il était sphérique, en continuant à cheminer vers le nord, il finirait par en atteindre l'autre côté. Après avoir navigué dans la Grande Mer à l'est d'Eldereth, son groupe traversa la Grande désolation Boréale pour finalement, après avoir presque été décimé par la faim et le froid, arriver en des contrées plus chaudes. Il redescendit vers le sud, en traversant des contrées habitées par des tribus hostiles, pour finalement arriver en un endroit qu'il reconnut aussitôt pour en avoir maintes fois lu la description les Monts de Feu. Il s'avéra que le baron Strobus avait bifurqué vers l'ouest lors de son voyage en Désolation Boréale, avait contourné entièrement Eldereth, et était redescendu vers le sud à travers la Barbarie sans jamais atteindre le sommet du monde. Humilié, il se suicida quelques mois après son retour à Gloria. Malgré son échec, ses notes ont quand même été conservées à l'Académie du Mont Cornu et nous donnent un bon aperçu de la vie des barbares de la Désolation Boréale et de Barbarie, ainsi que de leur faune, leur climat, etc. Sur une note un peu plus légère, le Gmome qui avait vendu au baron Strobus l'instrument de guidage qu'il avait lui-même inventé, un outil appelé « » , fit rapidement faillite, mais se lança peu après dans l'industrie des farces et attrapes. J'ai cru comprendre qu'il a maintenant beaucoup de succès et est très bien nanti. N'ayant moi-même aucune raison ni de croire, ni de nier l'une ou l'autre de ces théories sur la forme du monde, je continue de chercher une réponse satisfaisante à cette question fascinante. Père Grécus Académie du Mont Cornu, An 859 de la sage Maramis |
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