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Chroniques du Père Grécus Chronique # 5 : La nature des dieux
Dans cette chronique, je disserte sur la nature des divinités. En effet, même si seules quelques pauvres âmes bornées se permettent encore de ne pas croire en leur existence, la vaste majorité des gens savent bien que les dieux existent. Par contre, de nombreuses personnes se questionnent sur ce qu'est réellement un dieu. Dans le Monde, il existe un certain nombre de panthéons différents et, dans la plupart d'entre eux, plusieurs dieux. Cependant, le panthéon regroupant, de loin, le plus de fidèles est le panthéon dit majeur, et c'est de celui-là qu'il sera question ici. Tous les autres étant honorés de façon locale et marginale. Au sein de notre panthéon majeur, tous les dieux ne sont pas équivalents. Étant moi-même un prêtre de l'Église de la gracieuse Maramis, je ne prétend pas être parfaitement objectif sur ce sujet. En effet, je crois fermement que la recherche et le partage des connaissances sont les causes les plus nobles qui soient. Pour moi, Maramis est donc la déesse qui mérite le plus d'être priée. Cependant, je tenterai le temps de cette chronique de mettre de côté ma partialité et de parler des dieux sans faire de favoritisme. À la base, que savons-nous donc des dieux? Évidemment, qu'ils ont de très grands pouvoirs. Ils peuvent créer de la matière à partir de rien ou la détruire, prédire l'avenir, changer la réalité à leur guise, tuer les héros les plus forts par leur seule pensée, entendre toutes les prières que leurs fidèles leur font aux quatre coins du monde en même temps, prendre l'apparence qu'ils désirent, être à plusieurs endroits dans le monde à la fois (sous des formes physiques qu'on appelle des avatars) et connaître plusieurs des pensées de ceux qu'ils rencontrent. Lorsqu'ils prennent une forme physique et frayent parmi les mortels, leurs avatars peuvent lancer à volonté tous les sorts connus (de tous les types de magie) et même certains inconnus des mortels. Ils connaissent pratiquement tous les métiers, maîtrisent toutes les compétences, ont tous les talents et peuvent faire beaucoup d'autres choses qu'aucun mortel ne peut faire. La raison de cette puissance est qu'ils possèdent ce qu'on appelle une essence divine, ce qui est à peu près l'équivalent d'une âme pour un mortel, mais en bien plus puissant et intense. Par comparaison, si une âme de mortel était représentée par la flamme d'une chandelle, l'essence d'un dieu serait un grand incendie de forêt. Les dieux utilisent cette essence divine, qu'ils ont en réserve gigantesque, comme une forme d'énergie pour alimenter tous leurs pouvoirs. À un moment ou à un autre, tous mes apprentis finissent par me poser la question : D'où les dieux tirent-ils leur essence divine ? La réponse en surprend plus d'un : Elle provient de nous, les mortels. Plusieurs personnes sont conscientes que les mortels dépendent des dieux car, non seulement influencent-ils directement le monde avec leurs pouvoirs, mais ce sont eux qui accordent leurs sorts à tous leurs prêtres. Mais peu de gens réalisent que le contraire est tout aussi vrai. Voyez-vous, si les dieux peuvent accorder temporairement une infime partie de leur essence divine, c'est qu'ils en ont en réserve une quantité immense. Et celle-ci leur parvient des innombrables gens comme vous et moi qui épousent les mêmes valeurs qu'eux. C'est que l'essence divine parvient aux dieux lorsque les mortels qui croient en eux ont certaines convictions ou éprouvent certaines émotions intenses. Et quand je parle de mortel, je parle non seulement des prêtres mais également de tous ceux qui croient en eux et promeuvent consciemment ou inconsciemment les valeurs de leur portfolio. Peu importe leur race (en autant qu'ils soient capables de penser) et peu importe même leur religion. Un prêtre de Ramshak va donner de l'essence à Mirmidia s'il pense à la justice, tout comme un prêtre de Mirmidia va donner de l'essence à Ramshak s'il pense à la guerre. Même si un mortel ne veut pas donner de son essence à un dieu donné, l'essentiel est qu'il croit en lui et qu'il pense aux éléments de son portfolio pour que ça se produise de toute façon. Mais qu'est-ce qu'un portfolio ? Chaque divinité est différente des autres, en ce sens qu'elle possède un portfolio qui lui est propre. Un portfolio consiste en une série de concepts, d'émotions ou de valeurs chères à un dieu, par exemple le savoir, la liberté, la guerre, le plaisir, la haine ou la justice. Chacun des éléments d'un portfolio est associé à une certaine qualité d'essence divine. De même qu'il existe plusieurs saveurs dans les aliments, il existe aussi plusieurs « saveurs » dans l'essence divine et ces « saveurs » sont les éléments d'un portfolio divin. Chaque dieu a généralement un portfolio constitué de 3 ou 4 concepts similaires ou reliés et il n'y a pratiquement pas de recoupements entre les concepts qui composent les portfolios de chaque dieu. Ce détail est important, surtout quand on considère le fait que chaque dieu a choisi lui-même son portfolio. Nous allons voir plus loin l'explication de cette quasi-absence de recoupements. Mais pourquoi les dieux ont-ils besoin d'un portfolio ? Pourquoi n'existe-t-il pas de dieu dont le portfolio serait tout simplement formé de tout ? On croit que les concepts dans un portfolio représentent en quelques sortes des formes d'essence plus riches ou plus pures que d'autres concepts plus ordinaires et moins intenses. Comme c'est la promotion d'un concept qui contribue à donner de l'essence au dieu correspondant, il n'existe pas de dieu de la poussière, ou de dieu des moutons, parce que personne ne pense à la poussière ou aux moutons de façon passionnée, émotive et intense. Un dieu de la poussière ou des moutons recevrait infiniment moins d'essence divine et celle-ci serait de moins bonne qualité, et il serait par conséquent infiniment moins puissant que les autres. Par comparaison, il y a un dieu du savoir, de l'intelligence, de la curiosité et de l'apprentissage (Maramis), parce que ces concepts sont importants et chers au cœur de plusieurs personnes et l'essence divine qui en résulte est de meilleure qualité. Chez les dieux, certaines « saveurs » d'essence divine sont plus intenses et plus « nourrissantes » que les autres. Cependant, comme il existe un nombre relativement limité de ces formes d'essence pure et riche, elles sont en demande et, par conséquent, les dieux doivent les partager entre eux. C'est pourquoi il n'existe pas de dieu de tout. Supposons que l'un des dieux actuel essayait de devenir le dieu de tout. Tous les autres considèreraient cela comme un acte hostile d'invasion de leur territoire et s'y opposeraient certainement avec force. En résumé, deux choses sont nécessaires pour qu'un dieu puisse fonctionner : Un grand nombre de gens qui croient en eux et de l'essence divine produite par les convictions et les valeurs de ces gens. Lorsqu'un mortel croit en un dieu et partage les valeurs de son portfolio, il fait la volonté de celui-ci et lui donne accès à une partie de son âme. Cette partie de son âme contribue à alimenter l'essence du dieu. En additionnant l'énergie d'un nombre suffisant de flammes de chandelles, on peut obtenir l'énergie d'un grand incendie de forêt. Donc plus un dieu a de croyants, plus il reçoit d'essence de ceux-ci et plus il devient puissant. C'est pourquoi les prêtres tentent souvent de promouvoir les valeurs de leur dieu, travaillant ainsi à renforcer celui qui leur fournit leurs pouvoirs. Si, au contraire, un dieu devait perdre tous ses croyants, il ne recevrait plus aucune essence de ceux-ci et, petit à petit, il perdrait tous ses pouvoirs. À la limite, il pourrait même cesser d'exister. Car, même s'il est possible pour un mortel d'accéder au statut divin, le contraire n'est pas vrai. Un dieu ne peut pas devenir une créature mortelle. Tout comme une chenille peut devenir un papillon mais un papillon de devient jamais une chenille. En fait, si un dieu perd tous ses croyants, on croit qu'il cesse simplement d'exister. Par contre, on ne sait pas ce qui se passerait s'il se mettait par la suite à regagner un nombre suffisant de croyants. Se pourrait-il qu'il renaisse ? Personne ne le sait et, de mémoire d'homme, ça ne s'est jamais produit. Il existe une légende selon laquelle il aurait déjà existé un dieu dragon appelé Draco. Celui-ci aurait été aussi influent que les autres dieux mais il serait disparu, faute de personnes pour croire en lui. Ces légendes, bien que souvent crédibles, n'offrent jamais de preuves convaincantes et, si ce dieu a véritablement déjà existé, on n'est même pas certain de la nature de son portfolio. Récemment, un petit nombre de gens se sont remis à le prier, dans l'espoir de le faire renaître, jusqu'à présent sans aucun succès. On a déjà mentionné que des mortels pouvaient devenir des dieux. Le processus par lequel ceci s'effectue est appelé l'ascension. Elle a lieu quand un mortel gagne suffisamment de pouvoir pour influencer de façon significative les affaires du monde. Plus il a de gens qui le suivent et croient en lui (que ce soit par respect, sympathie, identification, admiration ou même par crainte), plus le processus d'ascension est rapide. S'il parvient à se faire connaître suffisamment pour passer dans la conscience collective, il commence alors à gagner peu à peu des pouvoirs surnaturels. Ceux-ci, légers au début, deviennent de plus en plus importants et puissants. Après un certain temps, il deviendra même immortel, ce qui lui permettra d'asseoir encore mieux sa réputation sur une plus longue durée. On croit que la dernière étape de l'ascension, constituant en quelques sortes le rite de passage définitif, consiste à recevoir un « germe » de divinité, qui ne peut s'obtenir que d'un dieu déjà existant. Certains ont même avancé que l'autorisation de Kalaan, le père de tous les dieux, devait aussi être obtenue avant toute ascension. Cependant, un nombre bien plus grand de dieux a une origine bien différente. La plupart des dieux du panthéon sont en fait les descendants d'autres dieux. Dans ce cas, on ne parle pas d'ascension, puisque ces êtres sont déjà des dieux dès leur naissance. Il serait même possible que, exceptionnellement, un mortel devienne un dieu sans passer par le long processus d'ascension, si ce mortel reçoit le germe de divinité à l'occasion de l'expression d'une forte émotion de la part du dieu. Dans ce cas, l'émotion des dieux est transférée au mortel d'une façon similaire au transfert d'essence d'un mortel à un dieu, mais d'une façon beaucoup plus intense. Comme les dieux doivent soit descendre directement d'autres dieux, soit recevoir d'eux le germe de divinité, on peut établir des liens de parenté entre tous les dieux existants. Dans la théologie moderne, on établit la génération d'un dieu selon ses parents et le moment de sa création. Selon l'organisation la plus universellement acceptée, proposée par Maximilien Primus, un collègue philosophe renois, il existerait présentement cinq générations de dieux. Kalaan serait le seul et unique dieu de première génération. Platax, Chaos et Terra seraient quant à eux de deuxième génération. Humius, Mirmidia, Maramis et Gabrielle seraient de troisième génération. De leur côté, Ramshak, Fangor et Zircon de quatrième génération et enfin, Les Faunes, les Muses, Mort, Valten et Korhandor seraient tous de cinquième génération. En plus des dieux véritables, il existe également des entités mineures qui peuvent accorder des sorts. Les Muses et les Faunes sont parfois considérés comme des divinités mineures, voire seulement des demi-divinités, car il est reconnu que ces créatures ne sont pas aussi puissantes que les dieux véritables. En dessous des demi-divinités dans la hiérarchie céleste, on retrouve de nombreuses entités qui servent généralement les dieux et les aident à accomplir leurs œuvres. Certains se font appeler des anges ou des séraphins, d'autres des diables ou des démons. D'autres encore des messagers ou serviteurs divins. Parfois, même ces entités peuvent fournir des sorts à ceux qui les prient mais c'est beaucoup plus rare qu'avec les entités plus puissantes. Enfin, il existe aussi des Saints, qui étaient autrefois des mortels, et qui ont accédé à un état très près de la divinité. Souvent, c'est en servant les dieux de façon exemplaire qu'un mortel gagne le droit, après sa mort, de devenir un Saint. Droit qui leur est alors attribué par leur dieu. Parfois, c'est en se démarquant de leur vivant, sans nécessairement être rattaché à un dieu en particulier, et en atteignant une renommée exceptionnelle. Aucun Saint ne peut accorder de sorts à ceux qui le prient, mais ils s'assurent généralement que l'attention de leur dieu se porte sur les prières de ceux qui le méritent. Père Grécus, |
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