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| Miriandor et Terra Il fut un temps, il y a de cela bien des années, où les gens ne pouvaient pas revenir de la mort. Ils n'avaient qu'une seule vie. Ceci est l'histoire de l'amour entre Terra et un mortel, qui est à l'origine de l'existence de vies multiples chez les mortels. Un jour, un homme naquit du nom de Miriandor Voltepuis. Il était le fils d'une riche famille de marchands. Son père, un habile artisan, lui appris à estimer le travail bien fait. Miriandor apprenait vite et, dès son plus jeune âge, il montra une grande habileté manuelle et un grand talent pour la fabrication d'objets de toutes sortes. Sa plus grande passion était la forge et on dit qu'il savait forger les meilleures épées du monde avant même d'avoir atteint sa majorité. Cependant, arrivé à l'âge adulte, ses parents décidèrent qu'il se marierait avec une jeune femme appelée Feranne Libris. La famille Libris étant elle aussi très riche, ce mariage permettrait ainsi aux deux fortunes familiales de se combiner et assurerait ainsi à leur descendance une vie de luxe, bien à l'abri de la misère. Ainsi, les parents des deux familles arrangèrent plusieurs rencontres, lors desquelles les deux jeunes gens étaient censés apprendre à se connaître et à s'apprécier. Pourtant, même après l'avoir souvent rencontré, Miriandor n'aimait pas Feranne d'amour. Il la trouvait bien jolie, certes, mais sa vue ne faisait pas bondir son cœur de joie. Il la trouvait aussi bien futée, mais son esprit ne lui donnait pas envie de discuter avec elle. Il la trouvait enfin bien gentille, mais sa présence ne l'emplissait pas de chaleur. Enfin, il avait la certitude que Feranne, elle non plus, n'était pas amoureuse de lui. Mais l'influence de ses proches est souvent une force contre laquelle il est bien difficile de s'opposer. C'est pourquoi Miriandor s'était quand même résigné à épouser Feranne, même si, au fond de lui, il savait qu'une telle union, bien que profitable pour tous, ne mènerait jamais à l'amour. Au début du printemps, une date fut choisie, un mois plus tard, pour célébrer le mariage. Ce mois fut particulièrement long pour Miriandor. Souvent, en pensant au jour du mariage qui approchait, il était pris d'un grand chagrin et il allait se réfugier dans le bois près de chez lui pour pleurer et pour chanter sa tristesse. C'est lors d'une de ces visites qu'il attira l'attention de Terra. La déesse de la nature était en train de prendre soin de la forêt quand elle entendit un chant tellement triste que son cœur vert se crispa dans sa poitrine. Prenant la forme d'un oiseau, elle s'approcha pour découvrir Miriandor au milieu d'une clairière, qui se lamentait assis sous un chêne d'une façon qui fit monter les larmes aux yeux de Terra. Se perchant sur une branche basse, elle commença à accompagner le chant de Miriandor et cela eut pour effet de calmer le cœur de celui-ci. À la fin, L'oiseau qu'était Terra versa une unique larme qui se cristallisa au pied de Miriandor sous la forme d'un minuscule diamant à l'éclat magnifique. Miriandor, incrédule, le ramassa et se promis d'en faire quelque chose de beau. Quand il repartit chez lui, il se sentait moins triste et se promis de revenir. Le lendemain, c'est sous la forme d'une cigale que Terra se manifesta, et son chant accompagna si bien celui de Miriandor qu'encore une fois, il senti son chagrin s'alléger. Le jour suivant, Terra pris la forme d'une rainette et le jour d'après, celle d'un écureuil. Ce fut ensuite un loup, puis un grillon. Elle continua ainsi d'accompagner Miriandor à tous les jours, sous une forme différente à chaque fois, se prenant pour lui d'une affection qui était plus profonde que tout ce qu'elle avait ressenti depuis longtemps. À chaque fois, elle versait une unique larme quand elle sentait approcher le moment où Miriandor devrait quitter le bois. Celles-ci devenaient autant de petits diamants et Miriandor les ramassait, soupçonnant bien entendu que tout cela était l'œuvre d'un dieu. Après chaque moment passé parmi les arbres, Miriandor sentait son cœur devenir plus gai et ses chansons devenaient de moins en moins tristes. À la fin, il avait presque oublié que le mariage approchait. Terra, elle, en était de plus en plus consciente et elle décida qu'il était temps qu'elle se manifeste plus concrètement. L'avant-veille du mariage, Miriandor revint une fois de plus chanter dans le bois mais cette fois, c'est une jeune femme elfe aux cheveux verts qui apparut devant lui. Sa beauté était telle qu'il tomba aussitôt amoureux d'elle. De plus, dès le premier regard, il la reconnu pour celle qu'elle était, celle qui avait illuminé ses journées et lui avait rendu le bonheur qu'il avait cru ne plus jamais pouvoir sentir en lui. Ils passèrent toute la journée ensemble, se parlant de tout et de rien, chantant, riant, se tenant la main. Puis la nuit vint et ils continuèrent de savourer leur bonheur. Au moment où le soleil se levait, ils s'étreignirent et s'embrassèrent. Miriandor était maintenant certain que le mariage auquel on le promettait pour le lendemain n'était pas pour lui et il ne désirait plus rien d'autre que de rester avec sa nouvelle compagne pour toujours. Il demanda à Terra de l'attendre dans le bois et il revint chez lui avec l'intention de lui fabriquer une anneau pour sceller leur amour. Il s'enferma dans sa forge, en interdisant à quiconque de le déranger. Là, il pris toutes les pierres qu'il avait ramassées dans le bois au fil des jours et s'appliqua à façonner une bague qui serait digne de son amour. Il travailla vite et bien et y mit tout son art et toute sa science. Ses mains, qui savaient forger les armes les plus mortelles, devinrent capables, sans trop qu'il ne sache comment, de fabriquer le bijou le plus délicat, le plus précieux et le plus beau qui soit. Quand elle fut terminée, à la fin de la journée, il pris la bague dans sa main et vit qu'elle scintillait de mille feux qui étaient comme autant d'étoiles. Satisfait, il entra chez ses parents pour leur raconter son bonheur et annuler le mariage, dont les préparatifs étaient presque terminés. Ceux-ci furent estomaqués de la nouvelle. Il ne pouvaient pas croire que leur fils ose détruire tous les espoirs de fortune et de succès des deux familles et tentèrent de le dissuader. Miriandor, froissé et incompris, parti vers le bois pour rejoindre son amour. Dans sa main, il serrait la bague qu'il avait fait. Pendant ce temps, les parents de Miriandor, sa fiancée et ses parents à elle, ne savaient pas que faire d'une telle situation. Le mariage, qui devait avoir lieu le lendemain, avait demandé beaucoup de préparation et les invités avaient déjà commencé à arriver. La jeune fille et sa mère ne cessaient de pleurer, son père, rouge de colère demandait justice et les parents de Miriandor, honteux de l'égoïsme leur fils, essayaient de les calmer en les assurant qu'ils trouveraient un moyen de faire changer leur fils d'idée. Sa mère tentait tant bien que mal d'expliquer la situation aux serviteurs qui ne savaient plus s'ils devaient ou non continuer les préparatifs. Tout le monde courait, tout le monde criait. Éventuellement, au milieu de tout cet indicible chaos, le père de Miriandor, qui priait souvent Platax, implora celui-ci de l'aider à ramener son fils dans le droit chemin. Platax entendit cette prière et il n'y fut pas indifférent. Étant lui-même entiché de Terra, il vit d'un très mauvais œil qu'un simple mortel lui fasse concurrence. Prenant la forme d'une abeille, il arriva près de Miriandor, juste au moment où celui-ci s'arrêtait près d'un ruisseau pour boire. L'abeille se posa sur une feuille tout près de l'eau et de Miriandor. Quand il ouvrit la main pour jeter un coup d'œil à la bague, celle-ci jeta des éclats merveilleux. Platax vit que celle-ci était d'une beauté parfaite, peut-être même plus belle encore que ce qu'il aurait pu faire lui-même. Cette vision fit déborder le vase. Il sentit alors une grande jalousie l'envahir et décida de tuer sur le champ cet insolent qui se permettait de surpasser ses talents à lui. L'abeille piqua Miriandor et celui-ci sentit un poison violent envahir ses veines. Sans lâcher la bague, il tomba sur le sol et mourut. Normalement, l'histoire aurait dû s'arrêter ici, mais c'aurait été compter sans l'intervention de Terra. À ce moment, dans la forêt, Terra senti une grande tristesse et sut ce qui était arrivé. Elle décida qu'il était beaucoup trop injuste que Miriandor meure maintenant, sa seule faute ayant été de l'aimer, elle. Elle voulu donc lui redonner ce qui lui avait été volé. Levant les yeux vers le ciel, elle envoya un messager vers lui. C'était le vent de l'est, léger, jeune et joyeux, qui accouru avec sa senteur de fleurs et de sève. Un son qui était comme le bruissement du vent dans les feuilles naissantes se fit entendre et Miriandor ouvrit les yeux. Se levant, il s'assura qu'il avait encore la bague et reparti de plus belle vers le bois. Platax, surpris de rencontrer une telle résistance de la part d'un mortel, se transforma en une grande pierre ronde juchée au sommet d'un des deux flans d'une faille entre deux collines, au fond de laquelle Miriandor devait passer pour atteindre la forêt. Au moment où celui-ci était juste en dessous, la lourde pierre se mit à dévaler la pente à toute vitesse et atterrit juste sur la tête de Miriandor, le tuant sur le coup. Terra, une fois encore, envoya l'un de ses messagers pour lui redonner la vie. Il s'agissait cette fois du vent du sud, plus hardi, avec son odeur forte d'humus et de musc. Son souffle chaud parvint à guérir les blessures de Miriandor et lui redonna la vie. Il n'attendit pas plus longtemps pour reprendre sa course vers la forêt. Platax, furieux, se transforma alors en un imposant brigand Nain, fort et costaud, et alla attendre Miriandor à la sortie de la passe. Quand celui-ci y arriva, le voleur sorti de sa cachette et lui coupa la tête avec sa hache. Terra, toujours à l'affût de ce qui arrivait à son bien-aimé, envoya cette fois le vent d'ouest, adroit et rusé, avec son odeur de feuilles mortes. Il souffla son haleine humide sur Miriandor, ce qui, une fois de plus lui redonna la vie en faisant repousser sa tête. Miriandor se leva et continua de courir vers les arbres qu'il pouvait maintenant apercevoir de plus en plus près. Platax, ébranlé par la ténacité surprenante de ce mortel mais ne voulant toujours pas s'avouer vaincu, fit une ultime tentative. Il pris la forme d'une grande fosse qui s'ouvrit sous les pieds de Miriandor pour le faire tomber dans une grande caverne au fond de laquelle il se cassa le cou. Cette fois, Terra envoya le vent du nord pour le ramener à la vie. Celui-ci était le plus terrible des quatre vents et il soufflait en tempête, faisant naître des frissons à tous ceux qu'il balayait et leur donnant la chair de poule. S'engouffrant en sifflant dans la caverne, il fit apparaître avec son souffle glacial un nuage de buée dans l'haleine de Miriandor. Celui-ci se leva, sorti de la caverne, grimpa le long des parois de la fosse, repris sa course et arriva enfin dans la forêt. Là, sous la protection immédiate de Terra, Miriandor put enfin se libérer du joug de Platax. Reconnaissant enfin sa détermination et son courage, jamais plus ce dernier ne porta atteinte à sa vie. En apercevant Terra, Miriandor lui enfila la bague en l'embrassant. Touchée, Terra lui demanda comment elle pourrait le remercier. Il lui répondit qu'elle lui avait déjà redonné la vie quatre fois, et qu'il ne pourrait rien lui demander de plus pour lui. Cependant, Miriandor avait le cœur généreux, et, conscient de la chance qu'il avait eu, il demanda à Terra d'accorder cette même chance à tous les mortels, en leur permettant de vivre eux aussi cinq vies au lieu d'une seule. Terra, dans sa grande sagesse, vit que cela était bon et juste et elle acquiesça. Là, dans cette forêt où il avait rencontré Terra, Miriandor bâtit une maison où il vécut avec elle de longues années, où ils furent heureux et où il devint vieux, même si sa femme restait toujours aussi jeune et belle. Ses parents finirent par lui pardonner et vinrent même lui rendre visite de temps en temps, car l'amour des parents peut survivre à bien des déceptions. Feranne lui pardonna aussi, car les blessures du cœur guérissent vite lorsqu'elles ne sont pas causées par l'amour. Elle finit même par tomber plus tard amoureuse d'un autre jeune homme, qui était en plus riche, ce qui fit le bonheur de ses parents autant que le sien. On dit que Miriandor mourut de vieillesse une journée de printemps. Un jour, on retrouva son corps dans une clairière, adossé à un vieux chêne. Près de lui, se tenait un oiseau, perché sur une branche et son chant fut décrit comme la chose la plus triste que tous ceux qui étaient présents aient jamais entendu de toute leur vie. Ou, devrait-on plutôt dire, de toutes leurs cinq vies… |
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